Les Jardins de Nephilis

Parution prévue fin 2020
Les Jardins de Nephilis - Maquette recto

Sous réserve de changement, voici la maquette recto-verso de la couverture du tome 2.

 

Un grand merci aux photographes Lydia Harper et Samuel Zeller de chez Unsplash pour les photos des jardins botaniques que j’ai retravaillé en fonction de l’atmosphère du récit.

La parution est prévue fin 2020.

Résumé :

L’assistante du Maître Botaniste Melch Jurez, Lona Pelch est retrouvée noyée dans l’un des bassins piscicoles du Jardin botanique de la cité lacustre d’Oddy.

Que s’est-il passé exactement ? C’est ce que va tenter de découvrir Jeff accompagné de sa Première Agent Divad Lownis.

Les jardins de Nephilis - Maquette verso

Prologue et Chapitre 1 

Prologue

Allongé sur sa couche imbibée de sueurs nocturnes, Jeff se leva et alla vers la baie de synthilux qui donnait sur l’océan. Sa nuit avait été peuplée de cauchemars et de moments arc-en-ciel. Il avait encore les yeux embués de sommeil et de larmes nocturnes lorsque son regard se posa sur la plage étincelante sous le soleil matinal.

Lubna lui manquait terriblement. Pourtant ce matin-là en regardant l’océan, il se jura de mettre un terme à son triste état et de ne plus trainer ses restes en lambeaux dans les larmes du passé.

Jeff avait profité pleinement de ses congés que lui avait imposé le Superviseur Omael Jabami pour se refaire une santé. Le premier mois avait été difficile car sa dernière enquête[1] lui avait laissé un gout amer dans la bouche et l’intrusion pernicieuse d’Alcorys Bersyl dans les tréfonds de son cerveau avait failli lui faire perdre la raison. Mais au fil de ses vacances, il avait doucement repris pied et au cours de ce deuxième mois déjà bien entamé, il s’employait à faire le deuil de sa compagne une bonne fois pour toute.

Il lui restait encore un mois de congé et il allait le mettre à profit pour se familiariser avec Nephilis. Une pensée lui traversa l’esprit : « Il est grand temps de passer à autre chose, les regrets ne servent pas dans la progression de l’être. Ils amènent la déprime et font stagner l’esprit ».

Après ce petit moment philosophique, Jeff fonça vers la salle des ablutions. Il s’apprêta en un clin d’œil et s’aspergea parcimonieusement d’eau de Pelar, une eau de toilette légère aux senteurs boisées que lui avait offerte sa sœur Idra.

Après un léger coup d’œil au miroir, il sortit de sa demeure et se dirigea vers son transporteur privé.

Il passa une partie de l’après-midi en compagnie d’Arnicar Versit, son plus proche voisin. Le vieil homme s’était remis paisiblement de la perte de ses proches[2] et avait embauché une préceptrice pour s’occuper de ses petits-enfants. Jeff prit congé et se dirigea vers son transporteur, direction le B.C.I. à Kats.

Arrivé à destination, il demanda à rencontrer le Superviseur Josh Karisios. L’hôtesse lui remit son nouvel insigne ainsi que la carte magnétique de son bureau tout en lui indiquant le chemin.

Le bureau du Superviseur était au rez-de-chaussée au bout d’un interminable couloir. Celui-ci l’attendait devant sa porte en fumant un énorme cigare. Les salutations effectuées, Josh Karisios l’invita à prendre place et lui-même s’assit dans un luxueux fauteuil en cuir de bilons.

C’était un homme de haute taille à la carrure athlétique, au front haut, à la mâchoire carrée et des yeux gris métallique qui vous transperçaient en un éclair. Habillé avec élégance, il avait plutôt l’allure d’un mafioso de l’Ancienne Terre que d’un Superviseur.

Ils discutèrent pendant une bonne heure au cours de laquelle Jeff lui fit part qu’il souhaitait reprendre du service le plus tôt possible. Le Superviseur lui fit comprendre aimablement qu’il profite de son dernier mois pour se familiariser avec les us et coutumes de Nephilis et qu’il fasse connaissance avec sa Première Agent Divad Lownis. Sur ces dernières paroles, Josh Karisios mit fin à l’entretien.

Jeff sortit du bureau et prit la cabine multiface jusqu’au 5ème étage. Arrivé devant la porte adéquate, il présenta son insigne devant la caméra. La porte glissa sans un bruit.

Il resta sur place quelques instants en dévisageant sa Première Agent. Divad Lownis resplendissait. La jeune femme ne portait pas l’uniforme. Elle était vêtue d’une jupe noire et d’un sublime corsage en soie rouge sur lequel était épinglé l’insigne des Premiers Agents. Ses longs cheveux bouclés de couleur auburn descendaient en cascade sur ses épaules dont une laissait apparaître un tatouage tribal de couleur brique. Elle avait jeté sur celles-ci avec élégance un châle en soie blanche agrémenté de fleurs rouges et noires avec quelques touches de vert. Cela mettait en valeur son teint hâlé. Des escarpins noirs avec un petit talon fin et pointu paraient ses pieds. Un visage souriant aux lèvres rouge carmin et sur sa joue gauche était tatoué le mot « Sound ». Un léger parfum de Camersia flottait autour d’elle. Elle planta ses yeux couleur d’ambre étincelant dans ceux de Jeff.

Quelle jeune femme magnifique ! Allez, Jeff, reprends-toi ! Ne reste pas planté là comme un idiot.

Il s’avança vers elle et lui serra la main bien que la convenance exigeât un salut réglementaire. Divad ne s’en offusqua point et lui rendit sa poignée de main avec vigueur tout en l’invitant à s’asseoir.

Elle engagea la conversation en lui expliquant les différentes enquêtes auxquelles elle avait participé et lui indiqua que le Superviseur Josh Karisios l’avait dépeint comme un homme excessif mais qu’il n’avait pas manqué d’être élogieux à son égard. Jeff sourit légèrement à cette déclaration et lui expliqua avec force détails sa dernière enquête. Il alla même jusqu’à lui confier que celle-ci lui avait laissé un profond désarroi.

Divad l’écouta attentivement tout en lui posant moult questions. Puis, se levant de son fauteuil, elle lui proposa d’aller diner à la Taverne de Maître Caliban. Il acquiesça avec courtoisie à la proposition énoncée. Divad s’avança et d’un geste amical lui fit signe de la suivre.

La Taverne n’était qu’à quelques pas du B.C.I. La quasi-totalité du personnel d’investigation s’y rendait quotidiennement. Ils furent accueillis par Maître Caliban en personne. Originaire des hauts-plateaux entourant Wildwind, l’homme avait une haute stature et était vêtu d’un immense sarouel recouvert d’une ample chemise. Ses poignets étaient recouverts de bracelets en argent et il portait autour du cou une fine chaine au bout de laquelle pendait un splendide bijou.

Il les installa à une petite table entourée de plantes vertes sur laquelle était déjà disposée une carafe remplie d’un liquide sombre. Il s’agissait du fameux vin noir très prisé par les nomades. Un serveur vint leur apporter une jatte de terre cuite d’où s’échappait un délicieux fumet. Dans un silence quasi religieux, ils se mirent à déguster la provende.

Jeff se conduisit en gentleman en allant régler la note et offrit un digestif à Divad au comptoir. Ils sortirent côte à côte et se dirigèrent tranquillement vers le B.C.I.

L’air était doux et l’odeur entêtante des cariosols plantés le long de la grande allée pénétrait leurs narines. Il fut surpris de voir autant de monde, de nombreux promeneurs profitaient de la tiédeur nocturne.

Jeff s’arrêta devant l’étalage d’un marchand ambulant qui vendait des bijoux de fabrication nomade. Il interpella le commerçant en lui demandant combien coûtait le pendentif qu’il avait repéré. L’homme lui répondit que l’objet était fabriqué en or gris et qu’il était troqué contre 8 onces de sel gris. En voyant la mine déconfite de Jeff, il lui expliqua que les marchands nomades pratiquaient le troc mais qu’il voulait bien lui vendre au prix de 15 fluzes. L’homme avait remarqué qu’il n’était pas un natif de Nephilis. Il lui indiqua qu’il s’agissait d’un bijou représentant le symbole d’un homme libre et qu’en le portant, il ressentirait l’appel du désert chantant et aurait la vision des sons. Jeff haussa un sourcil et lui demanda d’emballer le pendentif. Le chand lui fit cadeau d’un lacet de cou de belle facture. Jeff le remercia et déposa l’argent dans la coupe prévue à cet effet. Il s’en alla rejoindre Divad qui l’attendait devant une petite boutique. De l’échoppe s’échappait des odeurs d’épices. Jeff reconnut parmi les effluves les fleurs d’orangos, de bani et de caner. Alléché par l’émanation de ces senteurs, il franchit le seuil. Derrière un long comptoir en bois d’oulis brillant de mille feux, une femme s’activait à la préparation de galettes au nisli.

Il en commanda deux. En ressortant, il tendit l’une des galettes à Divad en lui disant qu’il n’avait pas pu résister aux odeurs alléchantes.

Celle-ci se mit à rire et avala la galette en un clin d’œil. Jeff fit de même et ils reprirent leur marche vers le Bureau Central des Investigations.

Jeff en profita pour lui demander si elle connaissait le symbole de l’homme libre.

— La représentation de l’homme libre symbolise l’appartenance aux peuples nomades des hauts-plateaux de Wildwind. Il vous faudra le porter avec fierté et dignité tout en sachant rester humble.

Lorsque vous le passerez à votre cou, vous ressentirez l’appel du désert et le souffle des vents. Si vous savez rester humble, vous pourrez peut-être entrer en osmose avec le désert chantant.

— C’est donc un bijou de grande valeur que je viens d’acquérir.

— Vous l’avez acheté à la nuitée alors il se peut qu’un Mystique vienne vous rendre visite pour savoir si vous êtes digne de le porter. Ce n’est pas un simple bijou que vous avez acheté, Jeff. C’est le symbole de toute une nation !

— Alors, j’attendrais ! Dans l’immédiat, je ne me sens pas prêt.

En prononçant ces dernières paroles, Jeff ressentit une légère inquiétude. Il accompagna Divad jusqu’à son transporteur et prirent congé l’un de l’autre en se souhaitant une bonne fin de nuitée.

Puis, il se dirigea vers le B.C.I. pour se rendre à son bureau qui était situé à côté de celui de sa Première Agent.

Il introduisit sa carte magnétique et la porte coulissa. Il resta quelques instants sur le seuil, le bureau était superbe et bien agencé avec vue sur le fleuve Yass. Il comportait deux fauteuils pour les visiteurs, un grand bureau en bois noir derrière lequel trônait un splendide fauteuil identique à celui du Superviseur, une armoire à dossiers, un dressing dans lequel pendaient quatre costumes, des cravates et des chemises. Un petit meuble contenant quatre paires de chaussures, une commode laissant entrevoir des paires de chaussettes et des sous-vêtements.

Jeff s’avança et fit le tour du propriétaire. Il y avait également une salle des ablutions, des toilettes, une petite cuisine comportant un minibar bien achalandé, une machine à cafre, un refroidisseur, de la vaisselle et un petit lavoir, une pièce de repos et bien évidemment une salle de réunion. Il n’en revenait pas, il s’était attendu à un simple bureau comme celui qu’il avait auparavant sur Blia.

Il passa la nuit sur place et le lendemain après avoir flâné dans Kats, il reparti vers sa demeure profiter de son dernier mois de congé.

 

[1] Voir Tome 1 – Les Chants d’Anoro

[2] Voir Tome 1 – Les Chants d’Anoro – Chap. 13

Chapitre 1 - Oddy

Jeff se réveilla au son du bourdonnement du distrans. Il se leva prestement et se dirigea vers celui-ci et enfonça la touche. Josh Karisios le salua.

— Jeff, j’ai reçu un appel du Maître Botaniste Melch Jurez. Il a découvert le corps de son assistante Lona Pelch flottant dans le bassin aux poissons de l’Ancienne Terre, entourée de bouquets de fleurs blanches et rouges. Dans l’immédiat, bien que la présence des bouquets de fleurs me laisse perplexe, je ne sais pas s’il s’agit d’un meurtre ou d’une noyade accidentelle. L’Investigatrice Biotique doit me rappeler pour m’informer de l’exacte situation. Je vous ai préparé vos commandements que j’ai remis à votre Première Agent avec d’une part, pour mission de fouiller les différents jardins car Melch Jurez a aperçu un individu qui s’en allait d’un bon pas vers la sortie de la grande serre. Il ne sait pas si cela à un rapport avec la noyade de son assistante et d’autre part, de prendre contact avec l’Investigatrice Biotique. Jeff, vous la connaissez, il s’agit d’Ana Auciana. Ah, un dernier mot ! Divad est en route pour votre demeure, vous partirez ensemble

— Entendu, Superviseur Josh !

Il alla se changer en attendant Divad. Lorsqu’elle se présenta, Jeff constata qu’elle portait la tenue stricte du B.C.I.

Par les Quatre Vents, cette femme est vraiment magnifique !

Elle le regarda brièvement et lui dit :

— Nous allons prendre l’hélis jusqu’aux abords du lac Leora puis nous embarquerons à bord d’un transporteur. Le jardin botanique d’Oddy est à l’ouest de la cité.

— Ok, allons-y !

Ils se dirigèrent vers l’arrière de sa demeure où Divad avait posé l’hélis et grimpèrent à bord. Le voyage vers Oddy dura six heures pendant lesquelles Jeff pris connaissance du commandement d’enquête. A priori, cela n’allait pas leur prendre un temps fabuleux, à moins que l’Investigatrice Biotique n’ai découvert quelque chose. Au fond de lui, il était content de revoir Ana, le professionnalisme dont elle faisait preuve était devenu chose rare.

Il profita que l’hélis volait à basse altitude pour regarder le paysage. Nephilis est vraiment une belle planète !

Divad le sortit de sa contemplation en l’informant qu’ils étaient presque arrivés. En regardant au travers de la baie du poste de pilotage, Jeff aperçut un énorme bâtiment à partir duquel partait un tunnel situé à environ 20 mètres au-dessus de la surface de l’eau, il s’en allait vers le premier secteur de la cité. Oddy compte 452 secteurs construit chacun sur une immense plateforme soutenue en son centre par un énorme pilier. L’ensemble est gigantesque, la cité lacustre est d’un bleu étincelant qui agresse les rétines.

Divad manœuvra avec souplesse et posa l’hélis sur le tarmac prévu à cet effet. Ils se dirigèrent vers l’énorme construction siégeant près du lac. Elle faisait office d’entrée principale de la cité et toute personne désirant visiter Oddy devait d’abord passer par celle-ci. Jeff montra son commandement ainsi que celui de Divad au Gardien, il leur indiqua les tunnels à prendre pour se rendre au jardin botanique.

Jeff le remercia et en compagnie de sa Première Agent grimpa dans un transporteur. Il remarqua que celui-ci était beaucoup moins bruyant que ceux de Ash, il en fit part à Divad. Elle lui répondit aimablement que les transporteurs d’Oddy faisaient partie de la dernière génération. Elle l’informa qu’en matière de technologie, Nephilis était à la pointe et qu’il n’avait certainement pas fini d’être étonné.

Sur ces brèves paroles auxquelles il se contenta d’acquiescer, le transporteur se gara le long du quai situé à côté du fameux jardin botanique. Le Maître Botaniste Melch Jurez les attendait en haut de l’escalier menant aux serres.

Ils se saluèrent et Jeff lui emboita le pas suivit de Divad. Arrivés près du bassin aquatique, Jeff aperçut Ana Auciana qui ramenait le corps de la défunte vers le bord. Il l’aida à le déposer sur le rebord. Ana se hissa et d’un élan souple prit pied devant Melch Jurez. Malgré les circonstances, elle arborait un sourire radieux en ayant reconnu Jeff. Elle le prit dans ses bras et lui claqua deux bises sur chaque joue. Jeff lui rendit la pareille, tandis que Melch Jurez lui tendait une serviette pour qu’elle s’éponge.

— Jeff, je suis très heureuse de te revoir, tu as l’air en pleine forme !

— Oui, je sors de mes congés. Toi aussi, tu as bonne mine. Mais, as-tu découvert quelque chose au sujet de cette jeune femme ?

— A première vue, je dirais qu’elle est tombée de la passerelle située au-dessus du bassin et qu’elle s’est noyée. Mais le Maître Botaniste ici présent m’a affirmé que c’était une excellente nageuse et qu’il était impossible qu’elle se soit noyée en tombant simplement dans l’eau. J’ai retourné le corps à la recherche d’un quelconque indice comme un hématome, des marques de strangulation ou autres. Dans l’immédiat, je n’ai rien remarqué de suspect. Mais, dans l’eau, il n’est pas facile de repérer grand-chose. Les poissons et les plantes de ce bassin sont absolument inoffensifs donc rien à signaler de ce côté-là. Nous allons installer le corps au sec et je vais l’examiner de plus près. Il se peut qu’elle ait été droguée soit en buvant une mixture quelconque ou soit on lui a injecté un poison et comme tu le sais aussi bien que moi, certaines traces ne sont pas visibles à l’œil nu.

Se tournant vers Melch Jurez, il lui demanda :

— Maître Botaniste, avez-vous un endroit plus approprié pour que l’Investigatrice Biotique puisse terminer son travail ?

— Bien sûr ! Je vais faire mander une civière pour faciliter le transport jusqu’à la salle d’étude. Il y a plusieurs grandes tables qui sont disponibles et propres.

— Merci bien !

En attendant la civière, Jeff discuta avec Ana. Elle lui apprit qu’elle habitait depuis peu dans la cité de Tevlev-Enimdlog, la septième mégapole de Nephilis qui abritait un laboratoire de recherche en biotique capable de restaurer la flore cutanée résidente et de limiter les bactéries pathogènes. Le nec plus ultra en la matière ! Puis, elle revint au cas de l’Assistante.

— Franchement, Jeff, je ne vois pas ce qui a pu se passer.

— Pendant que tu vas ausculter le cadavre de cette femme, Divad et moi-même allons inspecter les différentes serres et les autres bassins.

Jeff fit signe à sa Première Agent.

— Nous ferions bien d’enfiler nos combinaisons d’investigations, au cas où ! Je suis très heureux que ce soit Ana Auciana qui s’occupe du corps. Je la connais depuis cinq cycles et au-delà de nos professions respectives, je la considère comme une amie.

— Entendu, Jeff !

Il lui proposa qu’ils aillent se changer chacun leur tour dans le cabinet de toilette qu’il avait repéré en entrant dans la salle des bassins piscicoles.

Une fois revêtu de sa combinaison, Jeff suivi de Divad commença à inspecter les lieux. Il prit le parcours indiqué par le Maître Botaniste concernant la personne qu’il avait aperçu se dirigeant vers la grande serre. A l’aide de ses nano capteurs, il commença à investir les moindres recoins. Quant à Divad, elle s’occupait de la serre adjacente à la salle des bassins. Il continua de fureter un bon moment sans rien apercevoir d’extraordinaire. L’endroit était ouvert au public toutes les lunes et le nombre de pas sur les passerelles et les chemins de terre était innombrable. Jeff regarda autour de lui et prit soudain conscience de l’immensité des serres. Il s’arrêta près d’un massif d’arbustes à soie et observa quelques instants les lumignons en train de tisser les fils multicolores. C’était un spectacle propice à l’harmonie de l’esprit. Il sortit de son observation et appuya sur le bouton de son bracelet ER.

— Ici, Jeff Soriarn, J’aurais besoin d’Agents supplémentaires pour fouiller les Jardins d’Oddy.

La communicatrice transféra son appel vers Josh Karisios.

— Jeff, je vous envoie de suite une dizaine d’Agents. L’Investigatrice Biotique vient de me faire parvenir sa première constatation, elle s’est aperçue que le corps de la défunte présentait des traces de piqûres sur le bras gauche. Veuillez aller la rejoindre et laissez Divad continuer ses investigations.

— Entendu, Superviseur.

— Jeff, je vous rappelle que tous les Agents et Enquêteurs m’appellent par mon prénom. Le protocole en place est moins rigide que sur Blia. Entre Agents et Enquêteurs, vous pouvez vous tutoyer tout en restant courtois.

— D’accord, Josh.

La com terminée, Jeff s’en retourna vers la salle d’étude. Il découvrit Ana penchée sur le corps de la défunte en train d’observer attentivement le haut du bras gauche avec une sorte de loupe.

— Ah, Jeff ! C’est très curieux, j’ai découvert des piqûres sur le bras de Lona Pelch, je n’en avais jamais vu de la sorte. Sur le coup, j’ai pensé qu’elle s’était faite piquée par des pucquez d’océan. En règle générale, ces microscopiques vilaines bestioles laissent d’innombrables petits points rouges sur la peau et cela démange horriblement. Mais en y regardant de plus près, cela n’a rien à voir avec les pucquez.

— Et que crois-tu que cela peut être ?

— Je cale, je ne sais pas du tout de quoi il s’agit. La disposition des piqûres me fait penser à une main de forme humaine et j’ai découvert de minuscules aiguillons accrochés dans le tissu de sa blouse. Je vais faire transporter le corps au Laboratoire d’analyse à Tevlev-Enimdlog.

— D’accord, mais tu n’as pas appelé un Chitineur pour préserver les indices !

— Non, nous n’en avons pas besoin. Regarde, Jeff. Ce truc est super génial, c’est fabriqué à base d’une algue d’eau douce, la semotia. Le Professeur qui l’a mis au point, ne lui a pas donné de nom. Entre nous, nous l’appelons le gluant.

Ana prit dans sa besace un sachet qu’elle ouvrit précautionneusement. Elle en retira une sorte de pâte gluante de couleur bleue translucide et l’appliqua à l’endroit où se trouvait les fameuses piqûres. Elle lissa la pâte avec sa main pour former comme une sorte de cataplasme.

Jeff n’avait rien perdu de la scène et il se dit que cette substance était la bienvenue. Pas de perte de temps à attendre un Chitineur comme dans le système d’Anoro. Il pensa que les planètes du système de Kapesh avaient plusieurs longueurs d’avance en matière de biologie et de technologie. J’ai encore bien des choses à apprendre et à voir ici.

Puis, Ana sortit une housse étanche à poignées. Avec dextérité, elle la déplia et demanda à Jeff de soulever la partie postérieure du corps. Il enfila des gants et lui donna un coup de mains. Une fois, le corps mis à l’abri, elle appela un transporteur mortuaire.

— Jeff, je te transmettrais mon rapport définitif dans deux lunes. Il faut que je contacte le Professeur Nislo Leber, c’est un expert en piqûre d’insectes et d’animaux divers. Il réside à Wildwind, il en a pour une demi-lune à arriver à Tevlev.

— D’accord, Ana. Je retourne auprès de Divad, nous allons continuer nos recherches en attendant ton rapport. Je transmets à Josh que tu pars au Labo avec le corps de Lona Pelch.

Jeff l’embrassa sur le front et sorti de la pièce. Après avoir transmis au Superviseur la déclaration d’Ana, il retourna vers le petit pont où s’était tenue la défunte. Il enclencha de nouveau ses nano capteurs et entreprit de balayer la rambarde une nouvelle fois avec plus d’attention ainsi que le tablier en syntholia.

Il remarqua plusieurs petits trous. Tiens, c’est curieux. On dirait qu’un liquide a goutté et qu’il a entamé le syntholia.

Il enregistra la partie concernée et reprit son balayage, il zooma plusieurs fois sur la balustrade et étudia les empreintes de paume de mains. Cela lui prit un temps fou mais au milieu de cette débauche d’empreintes, une attira son attention. Au centre du dessin de la paume, il y avait deux petits ronds. Il s’aperçut que la rambarde avait également des petits trous. Il avait une belle empreinte de main non-humaine. Il prit plusieurs clichés de celle-ci, déposa de la poudre d’étani et l’a releva à l’aide d’un papier collant. Il appela Divad à l’aide de son bracelet ER pour qu’elle le rejoigne sur le petit pont.

— Regarde ce que je viens de relever. Quelle race possède ce genre d’empreinte ? Je n’en avais jamais vu de la sorte.

— Hum, moi non plus ! Oh, il y a des petits trous, c’est très étrange. On dirait que la main de cette créature sécrète un liquide corrosif. Dommage que celui-ci soit évaporé.

— Je vais prendre des échantillons d’eau dans le bassin, on ne sait jamais. Dès fois qu’il reste des traces de ce liquide. Au niveau des empreintes de pas, je n’ai rien remarqué de semblable. Et toi ?

— Rien de particulier. Les marques de chaussures sont innombrables et je doute fort qu’il était pieds nus sinon nous aurions remarqué les traces !

— Je balaie de nouveau le tablier de ce pont pour en avoir le cœur net ! Et il serait bon d’avoir un ou plusieurs scintilleurs car vu la surface des serres, nous allons en avoir pour toute la nuitée.

— OK, Jeff. Je m’en occupe et je vais aller attendre les Agents à l’entrée et les informer de ta découverte. Ensuite, nous nous répartirons les recherches.

— D’accord, concentrez-vous sur les marques de pas. Vérifiez également dans les plantations. Rendez-vous dans mon bureau demain au soleil levant dès que la totalité des serres aura été passée au peigne fin ! Je continue avec mes nano capteurs. Tu me rejoindras avec les appareils, je serais très certainement dans la serre tropicale.

— Entendu, à tout à l’heure !

Une fois Divad partie, Jeff alla de l’autre côté du pont et commença à descendre vers le bassin. La descente n’était pas aisée, des sortes de roseaux poussaient aux alentours et il faisait très attention pour ne pas les abimer. Il n’avait pas envie d’essuyer les foudres du Maître Botaniste.

Arrivé sur le bord, il sortit un grand bocal de sa besace et se pencha pour récolter de l’eau. Celle-ci étant très claire, il en profita pour scruter le fond du bassin. Les poissons nageaient paisiblement. Tout paraissait normal. Pas de poissons morts, les plantes aquatiques ne présentaient aucune détérioration quelconque. Les bouquets de fleurs avaient été ramassés par Ana, elle les étudierait très certainement. Il ne faudra pas que j’oublie de lui demander !

Il remonta avec précaution la pente et se retrouva sur le chemin de terre. Il repéra Melch Jurez, celui-ci avait les yeux fixés sur lui, il lui adressa un petit signe de la main pour l’inviter à venir le rejoindre. Le Maître Botaniste s’avança doucement et resta en retrait de la zone délimitée par des bandes violettes.

Il s’adressa à Jeff sur un ton où pointait la fatigue :

— Que me voulez-vous, Enquêteur ?

— Vous nous avez fait part que vous avez aperçu une personne s’en allant en direction de la sortie située à l’autre bout de la serre tropicale. Qu’avez-vous remarqué exactement ?

— Je me suis rendu compte que cette personne avait une démarche particulière, on aurait dit qu’elle avait du mal à marcher. Elle portait un long manteau ainsi que des gants et une grande capuche lui recouvrait la tête. Nous recevons beaucoup de visiteurs et certains viennent de très loin. Ils n’ont pas tous une allure humaine et il arrive parfois que des personnes cachent leurs visages sans pour autant être des assassins. Simplement, elles ne souhaitent pas s’exposer au regard des humains. Nous sommes respectueux des différences et chacun fait selon ses désirs. Tant que tout se déroule dans une bonne entente et dans le respect des plantes et des bassins, je n’interviens pas ! Bien sûr, à ce moment-là, je ne savais pas que mon Assistante n’était plus en vie. J’ai d’abord aperçu cette personne et s’est en me rapprochant du pont qui enjambe le bassin que j’ai vu le corps de Lona. J’ai tout de suite appelé le B.CI. pour signaler l’étrange décès de mon Assistante.

— Bien, je prends note que la silhouette était encapuchonnée. Vous pouvez rentrer chez vous Maître Botaniste, nous en avons pour toute la nuitée et ne vous inquiétez pas, nous prendrons grand soin des plantes.

— Je l’espère bien, Enquêteur. Je compte sur vous pour faire respecter l’interdiction d’aller marcher où il ne faut pas. Sur ce, je rentre dans mes appartements.

— Bonne nuitée, Maître Botaniste !

Melch Jurez lui adressa un signe de tête et disparu au détour de l’allée.