Les Jardins de Nephilis

Parution prévue fin 2019
Les Jardins de Nephilis - Maquette recto

Sous réserve de changement, voici la maquette recto-verso de la couverture du tome 2.

 

Un grand merci aux photographes Lydia Harper et Samuel Zeller de chez Unsplash pour les photos des jardins botaniques que j’ai retravaillé en fonction de l’atmosphère du récit.

La parution est prévue fin 2019.

Résumé provisoire : Pourquoi et surtout comment la Botaniste Lona Pelch s’est-elle noyée dans l’un des bassins piscicoles du jardin botanique de la cité lacustre d’Oddy ?

Les jardins de Nephilis - Maquette verso

Prologue et Chapitre 1 (sous réserve)

Prologue
Cela faisait plusieurs lunes que Jeff tournait en rond. L’inactivité commençait à lui peser. Sa dernière enquête[1] lui avait laissé un gout amer dans la bouche et par-dessus tout, son Premier Agent Kao Lovesta avait été promu Enquêteur du troisième Cercle et envoyé à Albs sur la planète Urya. Au fil des lunes et des enquêtes, ils étaient devenus comme des frères et son ami lui manquait terriblement.

Depuis sa promotion, Kao ne lui avait pas donné signe de vie. Il avait appris par l’Echotier Apser Luops que celui-ci était sur une affaire concernant une Arachnéenne de Fusius nommée Pulsi Argh. Ladite Pulsi, dans un accès de démence, avait tranché la tête d’un honorable citoyen au prétexte que celui-ci l’avait regardé droit dans les yeux au lieu de baisser le regard. Il s’ensuivait un imbroglio majestueux car l’Arachnéenne n’avait rien à faire dans le système d’Anoro. Elle avait enfreint les règles en quittant Carcharoth en catimini.

Tout ce que Jeff avait retenu, c’était que Kao se dépêtrait avec une créature et bonjour les protocoles à respecter !

Apser Luops lui avait également donné des nouvelles d’Haziel Revlor, son ami Clairvoyant. Haziel avait failli mourir en participant à un rituel ancestral relatif aux puissances de la Terre. Jeff l’avait appelé au distrans pour avoir le fin mot de l’histoire. Haziel était remis de son expérience et était en pleine forme. Il avait promis à Jeff qu’il passerait sur Nephilis lui rendre visite lors de ses prochains congés, c’est-à-dire dans un cycle. Ce n’était donc pas pour demain !

Quant à cette Divad Lownis qui prenait la succession de Kao à ses côtés, elle ne s’était toujours pas présentée. Qu’est-ce qu’elle fiche celle-là ? Ce foutu Superviseur n’a rien trouvé de mieux que de me coller une bonne femme sous prétexte de tempérer mes emportements !

Ne tenant plus en place, Jeff enfila sa veste et se dirigea vers la porte d’entrée. Au moment précis où il l’ouvrit, le bipeur du distrans émis son bourdonnement. Il revint sur ses pas et se dirigea vers son bureau. D’un geste sec, il appuya sur le bouton de réception. Le visage d’une femme apparut sur l’écran.

— Salutations, Enquêteur Soriarn. Je suis votre Première Agent Divad Lownis. Pouvez-vous venir me rejoindre au B.C.I. ?

— Salutations, Première Agent Lownis. Je m’apprêtais à sortir, est-ce urgent ? Peut-être pourrais-je passer vous voir demain.

— Je peux me déplacer. Le Superviseur exige que nous fassions connaissance aujourd’hui même.

— C’est inutile, je vous rejoins à Kats. A tout à l’heure !

Et il mit fin à la com. Tiens, tiens, elle doit avoir des antennes, celle-là ! Bon, allez hop ! Je fonce.

En passant devant le miroir de l’entrée, Jeff s’aperçut qu’il n’était pas spécialement présentable. Ses vêtements étaient douteux et de plus, il ne s’était pas rasé depuis son arrivée à Ash. Son menton arborait une rugueuse barbe qui ne ressemblait à rien. Et pour couronner le tout, il ne s’était pas lavé depuis cinq lunes et son haleine empestait l’alcool et la cigarette.

Il repartit en sens inverse et alla se préparer des vêtements pour la circonstance. Puis, il fonça vers la salle des ablutions. Il s’apprêta en un clin d’œil et s’aspergea parcimonieusement d’eau de Pelar, une eau de toilette légère aux senteurs boisées que lui avait offerte sa sœur Idra.

Après un léger coup d’œil au miroir, il sorti de sa demeure et se dirigea vers son transporteur privé. En grimpant à bord, il ordonna à la console de direction d’une voix ferme et distincte :

— B.C.I. à Kats !

Au bout de quelques heures, il arriva à destination. Il descendit sur l’esplanade et son véhicule alla se garer le long du bâtiment. En entrant dans le hall, il se dirigea vers l’un des guichets d’accueil et demanda où se trouvait l’office de la Première Agent Divad Lownis. L’hôtesse le renseigna et l’invita à décliner son identité. Jeff lui tendit sa carte d’Enquêteur du Premier Cercle. Elle passa celle-ci dans le transcodeur et le fit patienter quelques instants. Elle l’informa qu’elle devait lui remettre son nouvel insigne ainsi que la carte magnétique de son bureau. Bureau dans lequel il n’avait pas encore mis les pieds !

Il se dirigea vers l’une des cabines multifaces et enclencha le 5ème étage. Arrivé devant la porte adéquate, il présenta son insigne devant la caméra puis il apposa son œil sur le système de biométrie. Il se recula légèrement et la porte glissa sans un bruit.

Il resta sur place quelques instants en dévisageant sa Première Agent. Au distrans, elle ne lui avait pas paru très avenante et pour tout dire, il l’avait à peine regardé. Mais de la voir en face de lui, il en restait sans voix. Divad Lownis resplendissait. Pour cette rencontre, la jeune femme ne portait pas l’uniforme. Elle était vêtue d’une jupe noire et d’un sublime corsage en soie rouge sur lequel était épinglé l’insigne des Premiers Agents. Ses longs cheveux bouclés de couleur auburn descendaient en cascade sur ses épaules dont une laissait apparaître un tatouage tribal de couleur brique. Elle avait jeté sur celles-ci avec élégance un châle en soie blanche agrémenté de fleurs rouges et noires avec quelques touches de vert. Cela mettait en valeur son teint hâlé. Des escarpins noirs avec un petit talon fin et pointu paraient ses pieds. Un visage souriant aux lèvres rouge carmin et sur sa joue gauche était tatoué le mot « Sound ». Un léger parfum de Camersia flottait autour d’elle. Elle planta ses yeux couleur d’ambre étincelant dans ceux de Jeff.

Quelle jeune femme magnifique ! Allez, Jeff, reprends-toi ! Ne reste pas planté là comme un idiot.

Il s’avanca vers elle et lui serra la main bien que la convenance exigea un salut réglementaire. Divad ne s’en offusqua point et lui rendit sa poignée de main avec ardeur tout en l’invitant à s’asseoir.

Elle engagea la conversation en lui expliquant les différentes enquêtes auxquelles elle avait participé et lui indiqua que le Superviseur Josh Karisios l’avait dépeint comme un homme excessif mais qu’il n’avait pas manqué d’être élogieux à son égard. Jeff sourit légèrement à cette déclaration et lui expliqua avec force détails sa dernière enquête. Il alla même jusqu’à lui confier que celle-ci lui avait laissé un profond désarroi.

Divad l’écouta attentivement tout en lui posant moult questions. Elle compatit à la morosité passagère de Jeff et tout en se levant, lui proposa d’aller diner à la Taverne de Maître Caliban. Il acquiesça avec courtoisie à la proposition énoncée bien que celle-ci ne l’emballait pas spécialement. Divad s’avança et d’un geste amical lui fit signe de la suivre.

La Taverne n’était qu’à quelques pas du B.C.I. La quasi-totalité du personnel d’investigation s’y rendait quotidiennement. Ils furent accueillis par Maître Caliban en personne. Originaire des hauts-plateaux entourant Wildwind, l’homme avait une haute stature et était vêtu d’un immense sarouel recouvert d’une ample chemise. Ses poignets étaient recouverts de bracelets en argent et il portait autour du cou une fine chaine au bout de laquelle pendait un splendide bijou.

Il les installa à une petite table entourée de plantes vertes sur laquelle était déjà disposée une carafe remplie d’un liquide sombre. Il s’agissait du fameux vin noir très prisé par les nomades. Un serveur vint leur apporter une jatte de terre cuite d’où s’échappait un délicieux fumet. Dans un silence quasi religieux, ils se mirent à déguster la provende.

Au milieu du repas, le bracelet ER de Jeff se mit à vibrer. Il s’excusa auprès de Divad et quitta la table. Il s’isola près de la fontaine située à l’entrée de la Taverne et répondit à l’appel.

— Enquêteur Soriarn, ici Josh Karisios. Nous avons un incident au jardin botanique d’Oddy. Pouvez-vous venir au B.C.I. le plus rapidement possible. Je vous expliquerais ce dont il s’agit de vive voix et vous remettrais votre commandement d’enquête en mains propres. Est-ce que Divad Lownis est avec vous ?

— Oui, Superviseur. Nous venons de faire connaissance et sommes en plein repas.

— Venez me rejoindre dès que vous aurez terminé.

— Bien, Superviseur. Nous arriverons dans une demi-heure.

— Je compte sur vous !

Il informa sa Première Agent des évènements. Ils terminèrent leur repas plus rapidement que prévu. Jeff se conduisit en gentleman en allant régler la note et offrit un digestif à Divad au comptoir. Ils sortirent côte à côte et se dirigèrent tranquillement vers le B.C.I.

L’air était doux et l’odeur entêtante des cariosols plantés le long de la grande allée pénétrait leurs narines. Il fut surpris de voir autant de monde, de nombreux promeneurs profitaient de la tiédeur nocturne.

Jeff s’arrêta devant l’étalage d’un marchand ambulant qui vendait des bijoux de fabrication nomade. Il interpella le commerçant en lui demandant combien coûtait le pendentif qu’il avait repéré. L’homme lui répondit que l’objet était fabriqué en or gris et qu’il était troqué contre 8 onces de sel gris. En voyant la mine déconfite de Jeff, il lui expliqua que les marchands nomades pratiquaient le troc mais qu’il voulait bien lui vendre au prix de 15 fluzes. L’homme avait remarqué qu’il n’était pas un natif de Nephilis. Il lui indiqua qu’il s’agissait d’un bijou représentant le symbole d’un homme libre et qu’en le portant, il ressentirait l’appel du désert chantant et aurait la vision des sons. Jeff haussa un sourcil et lui demanda d’emballer le pendentif. Le chand lui fit cadeau d’un lacet de cou de belle facture. Jeff le remercia et déposa l’argent dans la coupe prévue à cet effet. Il s’en alla rejoindre Divad qui l’attendait devant une petite boutique. De l’échoppe s’échappait des odeurs d’épices. Jeff reconnut parmi les effluves les fleurs d’orangos, de bani et de caner. Alléché par l’émanation de ces senteurs, il franchit le seuil. Derrière un long comptoir en bois d’oulis brillant de mille feux, une femme s’activait à la préparation de galettes au nisli.

Il en commanda deux. En ressortant, il tendit l’une des galettes à Divad en lui disant qu’il n’avait pas pu résister aux odeurs alléchantes.

Celle-ci se mit à rire et avala la galette en un clin d’œil. Jeff fit de même et ils reprirent leur marche vers le Bureau Central des Investigations.

Jeff en profita pour lui demander si elle connaissait le symbole de l’homme libre.

— La représentation de l’homme libre symbolise l’appartenance aux peuples nomades des hauts-plateaux de Wildwind. Il vous faudra le porter avec fierté et dignité tout en sachant rester humble.

Lorsque vous le passerez à votre cou, vous ressentirez l’appel du désert et le souffle des vents. Si vous savez rester humble, vous pourrez peut-être entrer en osmose avec le désert chantant.

— C’est donc un bijou de grande valeur que je viens d’acquérir.

— Vous l’avez acheté à la nuitée alors il se peut qu’un Mystique vienne vous rendre visite pour savoir si vous êtes digne de le porter. Ce n’est pas un simple bijou que vous avez acheté, Jeff. C’est le symbole de toute une nation !

— Alors, j’attendrais ! Dans l’immédiat, je ne me sens pas prêt.

En prononçant ces dernières paroles, Jeff ressentit une légère inquiétude.

[1] Voir Tome 1 – Les Chants d’Anoro

Chapitre 1 - Premier contact
Arrivés devant le B.C.I., Divad prit les devants et invita Jeff à la suivre. Le bureau du Superviseur était au rez-de-chaussée au bout d’un interminable couloir.

Il les attendait devant sa porte en fumant un énorme cigare, en les voyant s’avancer, il l’éteignit et le rangea dans un étui. Les salutations effectuées, Josh Karisios les invita à prendre place et lui-même s’assit dans un luxueux fauteuil en cuir de bilons.

C’était un homme de haute taille à la carrure athlétique, au front haut, à la mâchoire carrée et des yeux gris métallique qui vous transperçaient en un éclair. Habillé avec élégance, il avait plutôt l’allure d’un mafioso de l’Ancienne Terre que d’un Superviseur.

— Divad et Jeff, j’ai reçu un appel du Maître Botaniste Melch Jurez. Il a découvert le corps de son assistante Lona Pelch flottant dans le bassin aux poissons de l’Ancienne Terre, entourée de bouquets de fleurs blanches et rouges. Dans l’immédiat, bien que la présence des bouquets de fleurs me laisse perplexe, je ne sais pas s’il s’agit d’un meurtre ou d’une noyade accidentelle. L’Investigatrice Biotique doit me rappeler pour m’informer de l’exacte situation. Je vous ai préparé vos commandements avec d’une part, pour mission de fouiller les différents jardins car Melch Jurez a aperçu un individu qui s’en allait d’un bon pas vers la sortie de la grande serre. Il ne sait pas si cela à un rapport avec la noyade de son assistante et d’autre part, de prendre contact avec l’Investigatrice Biotique. Jeff, vous la connaissez, il s’agit d’Ana Auciana. Ah, un dernier mot ! N’oubliez pas d’aller vous changer, les festivités sont terminées. Votre bureau est à côté de celui de Divad, vous y trouverez des costumes réglementaires dans le dressing.

— Entendu, Superviseur. J’y vais de ce pas.

Le premier contact avec Josh s’était très bien passé. Jeff s’attendait à un accueil beaucoup plus sec. En effet, depuis son arrivée sur Nephilis, il n’avait même pas pris la peine d’aller se présenter, ni mis les pieds dans son bureau. Il avait passé son temps à se balader sur la plage, à se baigner et surtout à se morfondre en regrettant de n’avoir pas été à la hauteur sur sa dernière enquête, buvant et fumant à tout va et pour terminer, écoutant son groupe favori en boucle. Il n’avait même pas visité les alentours, ni été saluer Arnicar Versit[1]. Cette enquête tombait à pic, elle allait lui permettre de se remettre dans le bain et surtout de penser à autre chose que cette foutue dernière enquête qui avait bien failli le rendre fou. Il n’avait rien dit lors de la séance avec le Psydoc, mais il gardait en lui une petite peur. Raison pour laquelle il espérait qu’il n’y aurait pas d’intrusion dans son cerveau et qu’il ne perdrait pas pied. Il avait bien conscience que la décision de lui laisser choisir une nouvelle affectation venait de son ancien Superviseur Jarvis Truno et non du Superviseur de Damentib. Tout cela avait un lien avec sa dernière enquête.

Il est grand temps de passer à autre chose, les regrets ne servent pas dans la progression de l’être. Ils amènent la déprime et font stagner l’esprit.

Après ce petit moment philosophique, Jeff suivit de Divad se rendit à son bureau. Il introduisit sa carte magnétique et la porte coulissa. Il resta quelques instants sur le seuil, le bureau était superbe et bien agencé avec vue sur le fleuve Yass. Il comportait deux fauteuils pour les visiteurs, un grand bureau en bois noir derrière lequel trônait un splendide fauteuil identique à celui du Superviseur, une armoire à dossiers, un dressing dans lequel pendaient quatre costumes, des cravates et des chemises. Un petit meuble contenant quatre paires de chaussures, une commode laissant entrevoir des paires de chaussettes et des sous-vêtements.

Jeff s’avança et fit le tour du propriétaire. Il y avait également une salle des ablutions, des toilettes, une petite cuisine comportant un minibar bien achalandé, une machine à cafre, un refroidisseur, de la vaisselle et un petit lavoir, une pièce de repos et bien évidemment une salle de réunion. Il n’en revenait pas, il s’était attendu à un simple bureau comme celui qu’il avait auparavant sur Blia. Cela le mit définitivement de bonne humeur. Il s’empressa de se changer et rejoignit Divad. Elle avait troqué ses vêtements de sortie contre ceux plus strict du B.C.I.

Jeff se dit qu’elle était toujours aussi séduisante. Par les Quatre Vents, cette femme est vraiment magnifique !

Elle le regarda brièvement et lui dit :

— Nous allons prendre un hélis jusqu’aux abords du lac Leora puis nous embarquerons à bord d’un transporteur. Le jardin botanique d’Oddy est à l’ouest de la cité.

— Ok, allons-y !

Ils se dirigèrent vers l’arrière du bâtiment. Jeff suivait Divad sans mot dire. Il pensa qu’il aurait dû venir faire un tour pour repérer les alentours au lieu de suivre sa Première Agent. Ça commence bien, je vais devoir la suivre partout ! Tant pis pour moi, je n’avais qu’à être moins paresseux et j’aurais pu prendre les choses en mains.

 

[1] Voir Tome 1 – Les Chants d’Anoro – Chapitre 13